lundi 1 février 2010
Les étapes du voyage
2 - Bangkok - les temples
3 - 5ème jour à Bangkok
4 - Imaginez un monde meilleur...
5 - Chiang Mai
6 - Chiang Mai (suite)
7 - Le village Lahu
8 - La route aux 1864 virages
9 - Le triangle d'or
10 - Muang Sing au Laos
11 - Nouvel An à Luang Prabang
12 - Nong Khiaw
13 - Trek chez les Akha
14 - Trek sur le Mékong
15 - Luang Prabang
16 - Luang Prabang (suite)
17 - Vientiane
18 - Pakxé
19 - Les 4000 îles
20 - Pnom Penh
21 - Angkor
22 - Angkor (suite)
23 - Encore Angkor (suite et fin du voyage)
(Il est possible d'agrandir les photos en cliquant dessus)
PS : Le voyage en Argentine est ici
Encore Angkor (suite et fin du voyage)

Ça fait froid dans le dos, non ?
Une autre ? Y-a-qu’à demander !
Qu’est ce que cela peut-être ?
Le remake asiatique de l’invasion des profanateurs ?
Une nouvelle version du film de Jean Yann « Les chinois à Paris », intitulé « Encore les chinois à Angkor » ?
Une publicité pour les appareils photos ou caméscopes numériques ?
Le concourt du chapeau ou tee-shirt le plus ridicule ?
Non, rien de tout ça, c’est tout simplement mon coup de gueule pour la semaine :
Je n’y vais pas par 4 chemins :
Le nouveau tourisme dans le sud-est asiatique c'est la plaie du monde !
Et encore, je le dis poliment !
Depuis quelques années, trois pays asiatiques ont jeté leur dévolu touristique sur l’Asie du sud-est en général et sur Angkor en particulier ; aujourd’hui, chaque année ce sont donc des dizaines de milliers de japonais, de coréens et surtout de chinois, qui envahissent Angkor ; et quand je dis envahir, je n’exagère absolument pas, c’est même un mot trop faible !
En Chine, c’est en effet une certaine catégorie sociale de nouveaux riches ou de parvenus qui peut se payer ce type de vacances, et ces gens ont a priori une conception toute particulière de la visite d’un lieu historique et public et de la politesse !
Tout d’abord, ils opèrent en groupe (vous me direz, c’est plus pratique pour envahir un endroit…).
Ils arrivent sur le lieu de leur crime en gros bus fluorescent climatisé bien agressif…
Ils descendent du bus juste à la porte du temple, équipés de leur badge, chapeau et tee-shirt, et il n’est pas question de marcher 10 m si l’on peut l’éviter…
Ils sont tous dans les starting blocs, mais tout de même très disciplinés, car ils attendent patiemment le signal du guide en chef pour pénétrer dans un nouveau lieu. Une fois rentrés, c’est la curée…
Ah ! Ça y est, le chef vient d’agiter son petit drapeau, cela signifie que le groupe précédent vient de quitter la zone, ils ont le feu vert pour commencer le massacre !
Car il s’agit bel et bien d’un véritable massacre : ils investissent tous les espaces possibles ; il ne reste que des miettes pour les autres (c'est-à-dire les autres touristes). Et surtout, ils se placent directement devant les monuments à voir : les temples, les galeries, les sanctuaires, les murs d’enceinte, tout y passe ! Je ne parle même pas de pouvoir prendre une photo, mais même simplement regarder n’est plus possible, car il y a une barrière de chinois ou de coréens entre vous et le paysage…
Je précise enfin qu’ils possèdent évidemment tous un appareil numérique, et qu’ils veulent tous absolument tout photographier ; certains ont un caméscope greffé sur la joue, et ils ne voient Angkor qu’au travers de l’objectif !!! Ils filment tout : l’hôtel, la montée dans le bus, le trajet, la descente du bus, ses collègues qui photographie, le restaurant, les toilettes aussi, etc., etc.
Mais la grande mode, c’est de se faire photographier devant le monument par son camarade : le calcul est vite fait : un groupe de 20, 20 secondes par personne devant l’endroit à photographier : 8 minutes d’immobilisation totale de la zone pour un seul groupe…
Il faut quand même avouer que sur les trois pays, les champions du monde toutes catégories, vainqueur par K.O., ne sont plus les japonais ou les coréens, mais les chinois ! Ils battent tous les records d’envahissement ; en plus, ils sont impolis : ils n’hésitent pas à s’imposer physiquement, souvent au mépris de toute règle de civilité ; j’en ai même vu certains pousser d’autres touristes pour se placer au bon endroit !
J’ai rencontré ces pseudo-touristes pour la première fois au temple de Ta Phrom, l’après-midi de mon premier jour !
La première fois, c’est avec un certain sentiment d’amusement que j’ai observé ce drôle de manège ; ce sentiment d’amusement n’a pas duré longtemps (5 secondes), et a été en effet très vite remplacé par de l’énervement : ok, je laisse finir ce groupe qui squatte tout, je suis peut-être mal tombé, ils sont impolis, mais une fois parti, je pourrai admirer un peu plus calmement ce magnifique monument. Eh, bien, à peine les envahisseurs s’en vont envahir l’espace suivant, qu’un autre groupe de touristes chinois se précipitent littéralement dans la zone libérée, comme une ventouse ou un appel d’air surpuissant (si j’étais mauvaise langue, je dirais plutôt comme une ventouse à chiotte…)
Ah ! Merde ! (Je monte intérieurement dans les tours, car vous connaissez ma patience légendaire…). L’énervement laisse très vite place à de la colère, mais je n’étais pas le seul : beaucoup d’autres gens autour de moi ont eu aussi d’abord de l’incrédulité, puis de l’agacement, dans les yeux…
Je me dis intérieurement que peut-être il faut réagir ! Je ne peux pas les laisser prendre leurs photos comme cela en toute impunité…
Je prends alors le parti de l’humour : je sors mon livre à la main, et prends l’air pensif ; puis je fais comme s’ils n’étaient pas là : je marche partout le nez en l’air, et je me place en plein milieu du champ de leur appareil photo, avec la dégaine de Pierre Richard dans « Le distrait » ! J’entends bien des remarques ou des ordres en chinois, mais je fais celui qui n’entend pas, concentré sur les paysages, ou le nez dans mon guide ; je suis en plein milieu, certains rient jaune (c’est le cas de le dire), d’autres font des signes, mais aucun n’ose vraiment me pousser… J’ai mes 5 minutes de petite revanche, certes complètement inutiles (le prochain groupe entrera en scène juste après et rien n’aura changé), mais au combien jouissives (c’est comme insulter un flic, ça ne sert à rien, mais ça fait juste parfois du bien…).
M. Han, qui était avec moi, était mort de rire ! Il ne supporte plus du tout ce tourisme sauvage, même s’il m’explique que c’est le prix à payer pour Angkor, et qu’il n’y a plus le choix de toute façon.
Mais c’est vrai que les chinois impolis, il n’en peut plus… (Et pour lui, ça doit être encore plus dur à supporter, car c’est son gagne pain !)
D’un seul coup je me fais même un petit délire dans ma tête : je suis en train de m’imaginer en sosie de Dennis Hooper, le photographe fou dans « Apocalypse Now » : je gambade au milieu de mes amis chinois, complètement stone, le regard allumé, mon appareil photo argentique en bandoulière ; comme dans le film, je vais d’une personne à l’autre, je prends des clichés, tout en parlant des mystères de la vie, comme un philosophe dément … Tous les gens présents sont interloqués, mais je continue d’aller de l’un à l’autre : et clic, clic, je mitraille ; je cherche le cadre parfait, je change d’objectif ; je brasse de l’air, et surtout j’assène des vérités sans queue ni tête avec un regard de feu :
http://www.youtube.com/watch?v=XN7Vk0Nm_2w&feature=related
(Allez directement à 4m50s de la vidéo, et vous verrez de quoi je parle ! En plus, c’est d’actualité, le camp du colonel Kurtz est…un ancien temple khmer ; il y a des statues de nâgas et de lions)
Si quelqu’un me parle photo et pellicule : imperturbable, le regard halluciné, je lui réponds très sérieusement : « quelle pellicule ? » ; j’ouvre alors mon boitier : il est vide ! « Pas besoin de pellicule, je fais juste des photos ; elles sont dans ma tête ! » ; et je pars d’un grand rire dément… Clic ! Clic ! Je reprends mon shooting, et telle une mouche du coche, je virevolte…
http://www.youtube.com/watch?v=4TAixFYnDh4&feature=related
Je reviens à la réalité, un peu déçu que tout cela ne soit seulement que dans ma tête. Ah ! Si seulement Michael, mon australien fou, pouvait être là, il me ferait Dennis Hooper dans « Apocalypse Now » très facilement, et je pourrais alors voir la tête de mes Chinois…
Heureusement, ce sera ma seule confrontation directe avec les envahisseurs : les autres jours, j’organise mes journées de façon à ne plus les croiser ; comme les agences qui planifient les visites ont toujours les mêmes circuits, il est très facile de les éviter…
2ème jour : les temples du grand circuit.
Beng Mealea :
Départ à 5h30 du matin pour 65 kms de route en tuk-tuk avec Sophay…
J’arrive sur place à 7h15, et là, heureuse surprise : je suis absolument tout seul… et le resterai pendant mes 1h30 de visite d’un des plus beaux temples du site d’Angkor ! Incroyable !
Comme le Ta Phrom, le Beng Mealea, c’est l’un des derniers temples presque totalement enfouis dans la végétation…
L’arbre se retrouve dans son élément, avec ses congénères, seul au milieu des bruits de la jungle et des vieilles pierres…






Celle-ci est prise par un petit cambodgien chasseur d’oiseaux avec une fronde ! Le seul intrus croisé pendant ma visite !
J’enchaîne les temples sur le circuit extérieur : le site du Rolûos, à 15 kms au sud-est d’Angkor Wat, également une ancienne capitale ; le Banteay Samré à 10 kms ; et puis surtout le remarquable Banteay Srei, ce temple miniature situé à 25 kms au nord, appelé "cité des femmes", car tout est plus petit : les portes, les sanctuaires, les remparts, etc.


Mais le Banteay Srei, c’est surtout parmi les plus beaux bas-reliefs et frontons de l’art khmer :
En grès rose (une pierre très solide et résistante), ils sont dans un état de conservation incroyable ; je ne suis pas un spécialiste de la sculpture, mais je suis resté « scotché » devant tant de beauté et de finesse…
Le croyez-vous ? Ces frontons ont été exécutés dans la seconde moitié du Xe siècle, et n’ont pas été rénovés !
Et il y a des dizaines comme celui-là !
Ce temple n’est pas seulement célèbre pour sa beauté, mais aussi pour une anecdote édifiante :
En 1923, André Malraux, le futur ministre de la culture français, est une sorte d’aventurier, fasciné notamment par l’art khmer…
A 22 ans, de mauvais placements boursiers ont dilapidé la fortune de son épouse Clara. Après de nombreux voyages à travers l'Europe, il part en Indochine pour y voler des statues et les revendre. Il a plutôt bon goût, car il a pris la décision de découper un des bas-reliefs du temple de Banteay Srei pour le vendre à un collectionneur. Le 23 décembre 1923, Malraux est arrêté à Phnom Penh, au Cambodge, ainsi que son ami Louis Chevasson. Malgré le fait qu’il plaidera le « Res Nullus » (« le délit est nul, puisque l’objet n’appartient à personne »), il est condamné, en juillet 1924, à trois ans de prison ferme et son ami Louis à un an et demi. Clara est acquittée. Elle repart pour Paris et mobilise en faveur de son mari les intellectuels de l'époque comme Marcel Arland, Louis Aragon, André Breton, François Mauriac, André Gide et Max Jacob. En appel, la peine de Malraux est réduite à un an avec sursis et il rentre en France en novembre 1924. Cette aventure lui inspirera le roman « La Voie Royale » (que je suis en train de lire !).
Comme dirait Desproges, « Etonnant, non ? »
Voilà ma deuxième journée qui s’achève déjà ; Sophay est bien fatigué, nous avons fait plus de 200 kms en tuk-tuk !
3ème jour : le reste !
Je loue un bon vélo : 60 kms dans la journée afin de visiter tout le reste : tous les temples dits « mineurs » sur le circuit intérieur ! Et, croyez-moi, il y a des petites merveilles : le Banteay Kdei, le Ta Keo, le Preah khan, le Neak Pean, etc, etc.
Mais je ne peux pas tout vous montrer ; pas la place et le temps ; et puis je préfère aussi vous laisser quelques mystères et que vous puissiez venir voir par vous-même…
Je finis ma journée en retournant sur le Bayon pour le couché de soleil, où je bois mon dernier maté, économisé patiemment depuis 2 semaines pour une occasion comme celle-là ! Magique !
Il est temps de repartir sur Bangkok :
Le mardi 26 janvier, je prends un avion direct pour la capitale, et j’y passerai mes trois derniers jours...
Comme l’année dernière à Buenos-Aires, j’ai de nouveau cette sensation très étrange et irréelle : un mélange de tristesse et de satisfaction (mélancolie ?), avec ce sentiment de « la boucle est bouclée » : était-ce bien la même personne qui séjourna ici il y a 2 mois ? A l’époque (j’ai l’impression d’une éternité), j’avais tout le voyage devant moi ; aujourd’hui, c’est l’inverse, et Bangkok a vraiment une toute autre saveur ! Mais c’est une ville fascinante, et je suis content de m’y perdre à nouveau…
Pas grand-chose à raconter de ces trois jours : je repose mes valises à Thewet, ce quartier tranquille et sympa, je visite un très beau « Night Market », je découvre le quartier de Siam, le quartier chic de la ville avec ses centres commerciaux de luxe ; et puis je profite de mes derniers restos thaï, de mes derniers massages, enfin trois jours plutôt tranquilles !
Le vendredi 29 janvier, je prends mon vol retour pour Paris via Amman…
Comme d’habitude, je pense déjà au voyage suivant : il y a beaucoup de choix, mais dans l’ordre : l’Iran, de nouveau l’Amérique du sud, la Birmanie, Madagascar again, et toujours en projet, si je travaille suffisamment pour mettre assez d’argent de côté : la Nouvelle-Zélande…
Merci à tous pour m’avoir supporté pendant deux mois, merci pour vos encouragements…
FIN…
(Pensez à cliquer sur les photos pour les agrandir)