samedi 30 janvier 2010

Angkor…

Angkor… Enfin, j’y suis…
Pas tout à fait en fait : je suis plus précisément à Siem Reap, la ville à 8 kms de l’entrée du site d’Angkor, et qui sert de base d’accueil (restauration et surtout hébergements) aux deux millions de touristes qui viennent visiter les temples tous les ans…

J’ai appris plein de choses sur Angkor ces derniers jours (avant cela, mes connaissances étaient réduites au strict minimum).
Si comme moi vous ne saviez finalement pas grand-chose sur le site d’Angkor et sur la civilisation Khmère (à part quelques clichés et des images de cartes postales), je vous fais partager ce que j’ai appris ; je vais essayer de ne pas trop rentrer dans les détails (au risque de devenir ennuyeux), et de me limiter aux grandes lignes :

« Angkor… Cette Atlantide tropicale, cette inestimable forêt de pierre, ce monstre architectural, ces hectares des chefs-d’œuvre, ces bas-reliefs et ces sculptures inégalés, ces temples montagnes qui illuminent le Patrimoine de l’humanité, ces gigantesques faces de grès qui regardent de leurs yeux morts aux 4 coins de l’Empire Khmer, ces étranges citadelles où poussent par milliers les fleurs de lotus de pierre »

L’histoire d’Angkor commence au IXe siècle, pour se terminer à son apogée et déclin au XIVe siècle, bien que le royaume en lui-même perdurera tant bien que mal jusqu’au XVIIe siècle.

Au début de notre ère, le peuple khmer vivait dans le sud de l’Asie du sud-est ; plusieurs petites provinces ou royaumes khmers seront unifiés à partir du IXe siècle par un roi qui s’autoproclame empereur de toute la région (le Cambodge actuel plus une partie de l’Asie du sud-est) ; il crée alors une capitale (« Angkor » en langage Khmer) juste au nord du lac Tonle Sap, une région idéale pour l’établissement d’une grande cité…

Pendant les six siècles qui suivent, les khmers vont bâtir dans cette région, au gré des différentes guerres, changements de roi ou de dynastie et autres bouleversements, toute une civilisation : des centaines de temples, des dizaines de cités, des palais royaux, des lacs et des canaux artificiels, et bien d’autres merveilles encore…

La capitale changera plusieurs fois de lieu : on bâtit au fil des ans de nouvelles villes et temples, mais toujours dans un rayon de quelques dizaines de kilomètres carrés ; le site d’Angkor n’est donc pas seulement une ville, mais plusieurs anciennes cités, reparties sur un territoire de 400 km².

Les khmers adoptèrent la religion hindouiste et bouddhiste dès le début de notre ère, grâce à la venue en Asie du sud-est de marchands indiens ; ils ont surtout voué un culte à Shiva et Vishnu. Durant l’apogée d’Angkor, selon la croyance d’un roi ou d’un autre, les temples seront construits pour l’hindouisme ou pour le bouddhisme, des fois les deux ensemble, des fois d’abord bouddhiste, puis hindouiste, ou l’inverse (on changera les statues des dieux à chaque fois)…

Une ville se composait en général comme suit : on construisait un grand rempart entouré de douves ou de bassins ; à l’intérieur, un ou plusieurs temples, et un palais royal ; enfin, tout autour, le peuple construisait ses maisons et commerces ; les douves, les remparts, les bibliothèques et les temples seront bâtis en dur (la pierre : le grès, la brique ou la latérite), tout le reste de la ville, (les maisons, le palais royal, etc.) sera en matériaux plus périssables, souvent en bois ou en paille.

Les temples seront réservés aux seuls dieux (c’étaient leurs résidences) ; on place une représentation de ce dieu à l’intérieur du sanctuaire ; aucun homme ne vivait dans les temples, qui seront ornés de sculptures religieuses, et dont leurs murs seront décorés de bas-reliefs, de frontons, et de fresques, racontant l’histoire de l’hindouisme ou du bouddhisme : tout l’art khmer…

Bien évidemment, aujourd’hui, près de 6 siècles plus tard, toutes les constructions périssables n’existent plus, et ont été « mangées » par la jungle ; ne reste donc que les remparts, les plans d’eau et bien sûr les temples et leurs œuvres d’art (lorsqu’elles n’ont pas été pillées)…

Angkor, c’est donc de la vieille pierre magnifique, des sculptures et bas-reliefs incroyables, au milieu de la forêt.
Il faut se représenter à la fois un château de Versailles décrépit, un palais du Louvre en ruine, une place de la Concorde disloquée par des racines géantes, et toutes les plus belles cathédrales de France et de Navarre, réunis dans un même espace envahi de végétation tropicale… Rien de moins !

Samedi 23 janvier, début de mes 3 jours de visite ; la veille, j’ai trouvé par hasard mon conducteur de tuk-tuk Sophay, qui me transportera pendant 2 jours, car le site est très grand ; par son intermédiaire, je trouve aussi un guide : M. Han, ce vieux cambodgien de 72 ans, qui parle le français, et qui est un véritable puits de science concernant Angkor et la culture khmer.

Les journées seront bien remplies : départ à l’aube de ma guesthouse à Siem Reap, visite jusqu’au coucher de soleil, le tout avec un planning et circuit bien défini afin d’échapper à la foule. Le soir, retour à Siem Reap.
J’ai prévu eau, casquette et crème solaire, car ici, la journée, sous les tropiques, le soleil n’est pas ton ami…

Je commence la visite :
1er jour : visite avec M. Han des trois plus grands sites : Angkor Wat, Angkor Thom et le Ta Prohm…

Angkor Wat (« la ville pagode » en khmer) :
Symbole mythique du Cambodge (ses tours apparaissent sur le drapeau national), le plus grand et le plus sublime de tous les temples khmers. Sa beauté, sa taille, et son exceptionnel degré de conservation sont tels que beaucoup le considèrent comme la huitième merveille du monde…
Commencée au XIIe siècle, la construction a duré 37 ans, il est entièrement dédié au dieu Vishnu, et fut un temple d’état et la capitale du royaume.
Comme je l’ai déjà expliqué, c’était une vraie cité médiévale à part entière : les remparts ont une surface d’un km sur 800 m ; les douves qui entourent la ville font 1,3 kms de côté, sur 190 m de large : je vous laisse imaginer toute cette splendeur à l’époque de son apogée au moyen-âge, avec ces 700.000 habitants, son palais royal, le système hydraulique de ses bassins et de ses douves, ses bateaux. Paris à la même époque n’a que…80.000 habitants, et c’est la plus grande ville de la chrétienté ! Alors qu’au XIIe siècle en Europe, la plupart de nos ancêtres vivent dans l’obscurantisme du moyen-âge, au même moment, en Asie du sud-est, une civilisation de constructeurs et de sculpteurs est à l’apogée de son art et crée une des merveilles du monde ; ça fait quelque peu réfléchir sur la notion de pays développés, de pays du tiers-monde, ou de monde occidental soit disant dominant…




Des bas-reliefs sculptés directement dans les murs en grès, parmi les plus beaux de l’art khmer :

Petite précision : ces bas-reliefs font 2 m de haut sur… 200 m de long ! Et il y a 4 galeries ; soit 800 m de fresques ! Je ne peux imaginer le nombre d’artistes, et le nombre d’heures pour créer tout ça !

M. Han, mon petit papi cambodgien, me raconte des tas d’histoires merveilleuses, notamment la signification de tous ces bas-reliefs : chacun raconte un épisode glorieux de l’histoire de l’hindouisme ou de l’histoire khmer (barattage de la mer de lait, la bataille de Kurukshetra, la victoire de Vishnu sur les asuras, etc…).
Il a 6 enfants, dont encore 3 à sa charge, et il ne peut pas prendre sa retraite malgré son âge, car l’éducation est payante au Cambodge, et la retraite payée n’existe pas…

Non, il ne boit pas de maté, mais du sirop de sucre de palmiers dans un bambou (comparable au sirop de canne) :

Les cours intérieures :





A partir du XIVe siècle, le temple fut « détourné » vers le culte bouddhiste, avec un remaniement notable du sanctuaire central. Aujourd'hui encore, le temple est visité quotidiennement par des moines bouddhistes.
Le temple du dieu Vishnu est devenu le temple de Bouddha…
Mais ne dit-on pas, dans l’hindouisme, que Bouddha est la 10ème réincarnation du dieu Vishnu…



Voilà pour Angkor Wat ; il y aurait tant d’autres choses à dire ; M. Han et moi y passons 4 heures ; d’abord parce que c’est gigantesque et que nous visitons tout, et puis aussi, il faut bien l’avouer, parce que M. Han n’est plus tout jeune, et qu’il ne marche pas très vite…

A suivre…

1 commentaire:

  1. Moi mon guide il ne buvait pas du sirop de canne..

    On s'est arrété pour me faire goûter un verre d'alcool de palme.. Il en a pris 2 le TukTuk driver.. lol

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