mardi 26 janvier 2010

Les 4000 îles

« Dans l’extrême sud du Laos, juste avant la frontière cambodgienne, le Mékong se divise en une multitude de bras, où sont éparpillées des myriades d’îles luxuriantes de végétation. Voici donc le district de Siphandone, signifiant « 4000 îles » en lao. »

Je ne les ai pas comptées, mais il y en a vraiment beaucoup ; trois d’entre elles sont devenues des hauts lieux de villégiature pour touristes : au nord, la grande Don Khong, et plus au sud, les deux îles Don Khône et Don Det.

Avec Michael, mon australien préféré, nous avons décidé de nous rendre sur ces îles depuis Pakse en moto.
Nous louons donc deux magnifiques Honda 200 cm3 rouge flambant neuves pour 4 euros par jour… A ce prix là, pourquoi se gêner ?
Je précise que ce n’est pas cher car ces scooters ne sont absolument pas… assurés.
Au moindre problème ou accident, c’est pour notre pomme ! Mais bon, on est au Laos, c’est comme ça !
La route pour ce rendre dans la région, c’est 120 kms de billard…
Nous traversons par bac un bras du Mékong pour atteindre Khong :

C’est vrai que c’est plutôt joli :


Don Khong est la plus grande île de la région des 4000 îles.
Nous la parcourons en scooter : il y a des tas de villages, de temples, et de rizières.

En ce moment, c’est la saison du riz, et c’est très vert :

Nous restons deux nuits sur Khong, puis nous migrons sur Det et Khone, les deux îles jumelles reliées par un pont ; c’est plus petit, plus mignon et typique, mais il y a également plus de touristes !
Voici Don Khone vue de bateau : des bungalows sur l’eau, au milieu de végétation tropicale, un p’tit coin d’paradis :

Ici, pas de voiture, pas de bitume, ni trottoir, ni béton :

Il y a même des plages, et des coins de baignade dans le Mékong :

Les guesthouses, restaurants et autres sont intégrés dans les villages de population locale ; on se croirait à Mangil à Mada, l’océan en moins, le Mékong en plus :


Vue depuis la terrasse de ma guesthouse :

C’est hallucinant comment un fleuve peut faire vivre autant de monde dans autant de pays : on se lave, on boit, on pêche, on navigue, on irrigue… Des millions d’individus, de la Chine jusqu’au delta du Vietnam, « utilisent » le fleuve pour vivre
Je suis le Mékong depuis plusieurs centaines de kilomètres, et je suis à chaque fois complètement fasciné de voir ce fleuve gigantesque et mythique…

Le couché de soleil sur le Mékong n’a rien à envier à celui sur l’océan indien :

Certains bras du Mékong deviennent très agités :

Au sud de Don Khone, on peut parfois apercevoir des dauphins d’eau douce ; on voit aussi le Cambodge juste en face :

Ah ! Mais tiens, revoilà Michael ! J’ai gardé le meilleur pour la fin !
Vous décrire Michael ? Comment commencer ? Je crois que le mieux, ce n’est pas de longues explications, mais des anecdotes :

Premier soir sur Khong, nous trouvons une charmante guesthouse de style colonial, toute en bois exotique et patiné, avec des chambres gigantesques et vraiment jolies ; le prix est un peu plus élevé que d’habitude pour moi, mais pour deux jours, pourquoi pas… Il y a trois chambres à l’étage, avec une magnifique terrasse-salon commune, avec vue sur le Mékong ; Michael adore, mais comme il veut être sûr de ne pas avoir à partager la terrasse avec un quidam, il décide de louer la 3ème chambre, qui restera vide pendant notre séjour… Voilà, c’est tout Michael, sur un coup de tête, il peut claquer une grosse somme d’argent (il faut dire qu’il gagne plutôt bien sa vie)… Il dit toujours : « l’argent pour moi, ce n’est pas d’en avoir qui est jouissif, mais c’est de le dépenser ». Il veut tout le temps tout payer (surtout les beerlao), et il est du genre à flamber en une nuit tout ce qu’il a sur lui…

Petit trip en bateau depuis Don Khone vers une autre île pour la journée, avec Michael, toujours, et avec un couple d’irlandais très sympa et un couple de vieux allemands qui paraissent eux, pas très fun ; nous sympathisons vite avec les deux irish, et Michael commence son show de blagues et d’anecdotes en parlant très fort et en se fendant la poire à chaque fin de phrase, toujours avec ce rire si particulier et si communicatif ; moi et les irlandais sommes complètement pliés en 4, mais notre ami teuton, lui, apparemment n’est pas très fan, car au bout de 10 minutes, il se retourne vers nous, très énervé, en disant en anglais avec un accent allemand à couper au couteau :
« Arrh, ça va pien maintenant, fous ne poufez pas juste regarder le payssage… »
Oulala… J’ai vu mon Michael partir en une fraction de seconde (une de ses qualités : la répartie (ou défaut selon de quel côté on se place !)) :
« Toi, la ferme, on est pas dans le 3ème reich ! Nous on parle peut-être fort, mais au moins, on ne tue pas les juifs… »
Et, tac, prends ça dans ta face… Papa Schultz s’est pétrifié, il a plus bougé un sourcil, on l’a plus entendu, et Michael, lui, a continué son show pendant tout le trajet…
Il faut dire que Michael est assez calé sur la question juive : il est lui-même juif (pas très pratiquant d’ailleurs), et une grande partie de sa famille a été tuée pendant la 2ème guerre mondiale dans d’atroces conditions. Donc les vieux allemands balourds et pas finaux, il ne peut déjà pas les encaisser à la base, alors si en plus un de ces teutons lui cherche des noises… Ce n’est peut-être pas très fair play, car je pense que mon papa Schultz était à peine né en 40, mais il l’a quand même bien cherché…
Mais le plus drôle, c’est qu’en fin d’après-midi, au moment de repartir de l’île que nous visitions, toujours avec le même bateau, et avec les mêmes personnes, Michael s’est perdu à vélo (nous avions loué des vélos) ; il n’a pas retrouvé l’endroit d’embarquement (en fait, il est passé devant à fond sans nous voir, la tête dans le guidon !), et le bateau, qui ne pouvait pas attendre plus longtemps à cause de la nuit a finalement levé l’ancre sans lui, avec 45 minute de retard, sous le regard fulminant de notre teuton. Les irlandais et les deux allemands sont donc partis. Pour ma part, j’ai choisi d’attendre mon ami ; au bout d’une heure et demi (en fait, il a fait le tour de l’île, soit 18 kms, pour revenir au point de départ), il est enfin réapparu, tout suant, tout rougeau, les jambes pleine de crampes, mais complètement… pété de rire.
Il a bu une beerlao cul sec, et il m’a demandé de lui décrire la tête de papa Schultz quand celui-ci s’est rendu compte que le gars en retard, c’était Michael…
On a loué un autre bateau avec capitaine laotien, que Michael a payé plein pot, et on est rentré en finissant les derniers 45 minutes de navigation… de nuit ; c’était sport mais encore une fois, qu’est ce qu’on s’est marré !

Le voilà qui fait son Robin Williams sur le bateau ; derrière lui, la jolie irish girl Maria ; dommage, on n’aperçoit pas papa Schultz à l’avant du bateau !

Mais mon moment préféré avec Michael, c’est quand il commande à boire dans un bar ou un restaurant ; il faut savoir que Michael fait partie de la pire catégorie des linguistes : celle de ceux qui adorent parler une langue étrangère, mais qui ne sont pas doués du tout ! Michael adore le Laos et essaye désespérément de parler laotien ; il apprend phonétiquement des phrases ou des mots qu’il stocke dans son i-phone ; malheureusement, comme je vous le disais plus haut, c’est une catastrophe, et le laotien auquel il parle finit toujours incrédule devant ce moulin à parole dont il ne comprend strictement rien ! En fait, Michael sait ce faire comprendre uniquement quand il commande des bières : il y a toujours le même cérémonial : d’abord il appelle le serveur, puis il prononce alors, après un long temps d’arrêt, un énigmatique et tonitruant « Beerlao ? », en regardant le gus droit dans les yeux, puis en montrant de la main 2, 4, 6 ou 8 doigts selon si on est 1, 2, 3 ou 4 personnes, sachant qu’il commande systématiquement deux bouteilles par personne (au Laos, une bouteille de bière est égal à 65 ml)… C’est la règle, et c’est impossible d’y déroger… A chaque fois, je suis mort de rire, on dirait Robin Williams dans ses pires moments de cabotinage…

Voilà pour Michael, il est complètement crazy, mais on a vraiment passé des moments inoubliables ensemble ; il m’appelle d’ailleurs son « frog man », et a bien l’intention de venir me voir à Paris…

Le séjour au Laos tire à sa fin, car le mardi 19 janvier, je prends un direct pour Phnom Penh, au Cambodge…

A suivre…

(Pensez à cliquer sur les photos pour les agrandir)

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