jeudi 14 janvier 2010

Luang Prabang

LE TOURISME DE MASSE PERVERTIT TOUT …
LE TOURISME DE MASSE PERVERTIT TOUT …
LE TOURISME DE MASSE PERVERTIT TOUT …

Je sais, je me répète… Mais c’est cette phrase qui résonne dans ma tête lorsque je foule des pieds les trottoirs de cette ville mythique qu’est Luang Prabang…

Je viens de débarquer du bateau venant de Nong Khiaw (après 5 heures de navigation sur la rivière Nam Ou puis sur le Mékong), accompagné de 6 routards, qui comme moi attendent avec impatience de découvrir cette cité…


Luang Prabang, c’est une ville légendaire
« Des collines verdoyantes et des monts couverts de forêts tropicales forment le cadre naturel de cette ville (3ème du Laos par sa taille, mais première par sa beauté). C’est tout d’abord un site exceptionnel : Luang Prabang s’étend sur une langue de terre, tout en longueur, au confluent du fleuve Mékong et de la rivière Nam Kane.
Le climat est très doux et clément.
Sur le plan culturel, la ville est la plus chargée d’histoire et la plus riche en monuments religieux du Laos.
Quasiment pas de bâtiments modernes et pas d’immeuble en hauteur, une ville totalement horizontale, remplie d’espaces verts, splendide…
Elle a été classée au Patrimoine Mondial de l’Humanité par l’Unesco… »

Sur le plan historique (merci Wikipedia) :
« Capitale de la principauté de Muong Xua avant le XIVe siècle, elle se nommait Xieng Thong Xieng Dong. En 1353, le roi Fa Ngum, de retour d'un exil au royaume Khmer, entreprit de réunir les diverses principautés et fonda le Royaume du Million d'Éléphants (Lan Xang) dont la capitale fut Xieng Thong Xieng Dong. En 1358 une délégation monastique eut mission d'apporter une précieuse statue de Bouddha datant du VIIe siècle et d'origine srilankaise qui s'appelait Phra Bang. Quand la capitale du Lan Xang fut transférée à Vientiane pour des raisons de sécurité, Xieng Thong Xieng Dong prit le nom de Luang Phra Bang en l'honneur de la statue qui est considérée comme un palladium national.
En 1773, la ville est pillée par les Birmans de la dynastie Taungû. La fin du XIXe siècle fut marquée par une forte instabilité : Luang Prabang fut pillée par des Pavillons noirs chinois en 1887, puis occupée par les troupes du Siam.
En 1893, le royaume de Luang Prabang accepta le protectorat français pour tout le pays.
Les Français durant cette époque reconstruisirent Vientiane, la dotant d'infrastructures, de routes et d'universités, et agrandirent le Royaume de Luang Prabang en intégrant des provinces du nord et de l'ancien État de Vientiane. La cité de Luang Prabang, où réside le commissariat français, se dote dès lors d'une architecture qui conserve de très nombreuses et charmantes traces de la présence française. Le palais royal, construit entre 1904 et 1909 sous le règne du roi Sisavang Vong, est aujourd'hui transformé en musée national.
Classée en 1995 au Patrimoine mondial de l'Humanité par l'UNESCO, Luang Prabang est l'une des plus jolies villes d'Asie, des plus préservées aussi grâce à la présence de la Maison du Patrimoine qui veille à la sauvegarde de la vieille ville.
Aujourd'hui, Luang Prabang est incontestablement un des très hauts symboles du bouddhisme en Asie et jouit manifestement d'une grande aura auprès d'une population encore très fervente et très pratiquante. Avec les dizaines de temples occupant près d'un tiers de sa surface totale, Luang Prabang est le siège de nombreuses manifestations religieuses toujours en cours aujourd'hui ; les moines vêtus de la robe safran se comptent par milliers, ce qui renforce son caractère singulièrement mystique.
»

Vous pensez qu’avec tout ça, c’est avec une certaine fébrilité teintée d’impatience que j’arrive dans la ville.
Tout ce qui est raconté plus haut est vrai, la ville est magnifique…
Mais très vite, un sentiment vient gâcher mon plaisir : le tourisme de masse pervertit tout ! Nous y re-voilà.
En effet, Luang Prabang est victime de sa beauté : des hordes de touristes investissent chaque année la cité, et c’est avec effarement que je découvre ces nuées de mouches qui déambulent dans le centre ville ! Pire, maintenant, on y trouve des boutiques chics, des bars à vin, des restaurants lounge, des hôtels haut de gamme, etc., le côté authentique du lieu a de ce fait du plomb dans l’aile.
Des centaines de tours operators proposent, dans tous les pays du monde, un séjour dans la cité…
Je ne critique pas le tourisme en général, mais ce tourisme là m’est franchement insupportable dans un pays comme le Laos !
Je repère très vite 2 catégories de ces touristes, que je n’avais pas encore vus dans le nord du Laos :
- D’abord, les touristes que je surnommerais : « J’ai payé et j’en veux pour mon argent » ; il s’agit pour l’essentiel de gens d’un certain âge, en couple, très râleurs, qui payent plein pot une agence de voyage pour un package où tout est compris : avion, transfert, hôtel, visite des lieux typiques (= essentiellement des boutiques d’artisanat attrape-gogo) ; ils sortent de l’aéroport climatisé pour rentrer dans un minibus climatisé, pour vite arriver dans leur chambre d’hôtel climatisée ; on les emmène au marché de nuit où ils vont prendre grand plaisir à acheter de l’artisanat en marchandant jusqu’à la corde : quelle jubilation de gagner dix centimes d’euros sur une écharpe fait main qu’on offrira à la belle sœur ! Le lendemain, on les emmène voir la procession des moines dans la rue, institution à Luang Prabang : c’est devenu un véritable zoo humain, où des dizaines de pseudo-touristes (champions toutes catégories : les japonais, j’ai vu de mes yeux vus…) braquent leur monstrueux objectif caméra à 20 cm de ces pauvres moines qui ne savent plus comment réagir (ils sont censés être non violents, mais je sens bien que certains craqueraient facilement et feraient avaler leur appareil photo à ces gougnafiers…) ; pathétique… On les emmène visiter les grottes sacrées, les chutes d’eau, etc.
- A chaque fois leur comportement est consternant de bêtise et leur attitude remplie de manque de respect vis-à-vis des populations et des coutumes locales ! Á ma grande honte, les plus répandus de ces touristes sont…les français bien sûr, et les japonais dont j’ai déjà parlé ; car il y a énormément de touristes français à Luang Prabang, et c’est sûrement les plus râleurs de tous (j’ai souvent l’impression de croiser des sosies de Raymonde et Robert Bidochon) ! Mais les italiens, les allemands ne sont pas en reste… La plupart de ces gens passent leur vacances à se plaindre, contre tout : le tour operator qui ne suit pas le programme à la lettre, les laotiens qui sont « fainéants et pas très rapides », les choses qui ne se passent pas comme dans le prospectus, etc.

- Deuxième catégorie, tout aussi énervante : les hordes de jeunes australiens au physique de surfeur bronzé et tatoué, 25 ans de moyenne d’âge, mais 12 ans d’âge mental, et qui passent leur séjour dans des bars occidentaux à boire de la bière dès 10h du matin, au son de rock FM américain… Je peux vous assurer, je les ai vus, ils ne bougent pas de la journée de leur troquet préféré, et ils boivent comme des trous jusqu’à point d’heure ; c’est hallucinant, et c’est tout ce qu’ils verront du Laos…

Mais BORDEL (excusez-moi, ça m’a échappé), pourquoi viennent-ils dans un pays comme le Laos, en voulant avoir la même chose que dans une station balnéaire occidentale, ou que sur la côte d’azur et autre riviera ? Je pense avoir un début d’explication : c’est tout simplement économiquement très intéressant de passer ses vacances au Laos, et ce sera de toute façon plus dépaysant que Palavas-les-Flots.
Pour un Australien, le billet d’avion pour l’Asie peut être 3 à 4 fois moins cher que le billet d’avion pour aller de la côte est à la côte ouest d’Australie !
Je peux vous dire que le premier soir, j’étais complètement atterré…

Même si je force un peu le trait, voilà ma première impression de Luang Prabang… Et pourtant, cette ville est sûrement l’une des plus belle et attachante qu’il m’ait été donnée de voir !

Heureusement, après quelques heures, je commence à prendre mes marques et à essayer de ne voir que le bon côté des choses : j’évite d’aller dans les resto-bars-boutiques de la rue principale, et je visite une ville cachée derrière tout ce décorum : car il y a vraiment des choses formidables à voir si on se donne un peu de mal.
Déjà, j’ai de la chance, je tombe par hasard sur une guesthouse géniale, tenue par un Belge Flamant super sympa qui me fait un tout petit prix pour une chambre lit double magnifique dans une vieille maison coloniale superbe, en plein centre ville dans une rue calme et pittoresque ; j’y prends racine et m’y sens vraiment bien…

Peu à peu, je découvre en profondeur la ville, et peu à peu je vais m’y sentir vraiment à mon aise. J’y retrouve également des tas de routards rencontrés précédemment (c’est un passage obligé), car la ville est très petite, et c’est très facile de se rencontrer par hasard ; je loue également un vélo (ça coûte un euro la journée), car c’est le meilleur moyen de circuler…

Les premiers clichés :
Le centre-ville vu du mont Phousi, la colline surplombant la cité ; verdure dans toute la ville et collines en arrière fond :


Le Mékong d’un côté :

La rivière Nam Kane, plus tranquille, de l’autre


Le temple surplombant le Mont Phousi :





Le fameux Night Market, qui monopolise toute la rue principale tous les soirs de 17h à 22h ; c’est joli, tous les touristes s’y retrouvent, on se croirait un peu chez Mickey :


Luang Prabang est vraiment un passage obligé pour tous les voyageur au Laos ; tous les jours, je retrouve des personnes rencontrées précédemment lors de mes pérégrinations, et le soir, nous organisons des petits barbecues Laotiens sur les berges du Mékong ; fondue chinoise sur les bords, et grill sur le dessus :


Je recroise Francine et Maxime, puis le lendemain Eala et Sven, rencontrés lors du trek à Muang Sing, Elisa et Mateo les 2 italiens kayakistes, puis Christopher, Michelle, Gavin…

Petit à petit, la ville me séduit, il y a une douceur de vivre, une atmosphère vraiment cool, et finalement, malgré ma première impression, je vais rester une semaine complète à Luang Prabang.

A suivre…

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